En France, on commence tout doucement à voir éclore l’idée d’assumer un échec avant de réussir, là où certains pays l’ont compris, voire l’ont dans leurs gênes depuis des siècles.
Le meilleur moyen d’appréhender l’échec est de comprendre la réussite. Selon les individus, plusieurs réponses peuvent être apportées :
• Réussir peut contenir une idée de possession : avoir plus, c’est à dire avoir un plus gros salaire, une plus grosse maison, un gros bateau, deux gros bateaux, etc
• Réussir se niche dans le fait de : faire plus, cela peut être inventer un nouvel objet, créer des produits, bâtir un building, une maison, un empire.
• Réussir peut contenir la notion d’accomplissement : être plus cultivé, généreux, philanthrope, philosophe, etc.
Définir l’échec
Pour l’échec, le dictionnaire nous donne 3 sens pour le verbe « Échouer ».
• « Échouer : dans le sens de faillir » – une dimension clairement négative.
• « Échouer : c’est toucher le fond » – suppose l’idée intéressante que l’on ne pourra pas tomber plus bas, et contient intrinsèquement la notion de rebond.
• « Échouer : s’arrêter quelque part » – véhicule l’idée d’inertie.
Ceci étant dit, on peut aisément en conclure que « l’échec » est une notion éminemment subjective, qui prend un sens différent en fonction de nombreux facteurs : culture, appétence au risque.
Savoir si l’on a connu le succès ou l’échec dépend de notre façon de voir les choses et de la façon qu’ont les autres de l’apprécier.
Culture américaine contre culture française
On aime régulièrement comparer les États-Unis à La France sur bon nombre de sujets, mais concernant la notion d’ »échec » on parlera plutôt de fossé culturel. Les États-Unis sont un pays très jeune, qui n’a pas encore trois siècles. Bâti par des pionniers, il reste le pays de l’entrepreneuriat. Le monde des affaires est avant tout un jeu : parfois où l’on gagne et parfois où l’on perd.
On se construit par l’échec. Il s’agit d’un processus d’apprentissage vers la réussite. Les cabinets de recrutement anglo-saxons apprécient les parcours dans lesquels on peut trouver des revers, convaincus qu’un échec est un « plus » dans une carrière.
Un gage d’expérience
La France est quant à elle un pays au lourd passé historique. L’organisation colbertisme et pyramidale ne donne pas assez aux individus le choix de prendre des risques et de se confronter à l’échec. Considérée comme l’un des pays les plus élitistes au monde, la culture « grande école » est dans l’ADN de la France.
L’échec est encore stigmatisé. Les chasseurs de têtes français ont tendance à être plus circonspects et même carrément négatifs sur les échecs de candidats. L’échec est encore trop marqué au fer rouge.
Rebondir
Mais passé la théorie, en réalité, en France aussi, tous les jours depuis des siècles nous échouons et rebondissons. À l’instar du monde sportif par exemple qui l’a compris depuis bien longtemps. Combien de fois Teddy Riner, Camille Muffat ou Renaud Lavillenie, pour ne citer qu’eux, ont dû échouer et rebondir avant de gagner une médaille olympique ? On a préféré ne parler que de leurs médailles et leurs réussites, mais la réalité est que sans ces échecs ils ne l’auraient surement jamais ces titres.
Ou encore ces monuments de la chanson française, comme Claude François par exemple, qui a connu bien des échecs musicaux avant d’avoir le succès qu’on lui connait. Pourquoi le monde l’entreprise et de l’école ne mettraient pas en avant la chance des expériences tirées des échecs ? Parce qu’aucun mauvais élève n’a réussi dans la vie ? Regardons bien autour de vous…
Démocratiser l’échec
Dans notre monde globalisé, la France évolue doucement, mais sûrement sur ce sujet. Des groupements d’entrepreneurs se réunissent et agissent ouvertement pour démocratiser l’échec, comme La FailCon ou encore 60 000 rebonds.
L’échec fait partie intégrante de la réussite dans la majorité des domaines d’une vie, et encore plus dans le monde de l’entreprise. Il n’existe pas de bons chefs d’entreprises ni de bons Managers qui n’ont pas connu l’échec. Leur secret : Savoir rebondir, recommencer, avoir de l’audace.
Pour une démocratisation et une valorisation publique de l’échec, pourquoi ne pas lancer le Prix du Rebond 2015 ?
Isabelle Saladin, Présidente I&S Adviser
