Ce rendez-vous annuel de la planète numérique est une vitrine très puissante pour porter la croissance de nos start-ups, mais il est important que nos startuppers privilégient des financements européens. Les liquidités existent, aidons-les à convaincre les investisseurs.
Les start-ups sont toutes en train de préparer leur présence au CES 2018 de Las Vegas. Cet événement devenu incontournable pour tout acteur de la planète High Tech offre de formidables opportunités à qui veut accélérer son développement international, détecter des business, montrer ou démontrer son innovation, enrichir son réseau, etc.
Résister aux sirènes des investisseurs américains
Mais n’oublions pas que c’est aussi le terrain de chasse privilégié d’investisseurs américains prêts à investir dans les pépites de demain dont ils ont perçu le potentiel business. Combien de start-ups françaises se laisseront séduire et happer par ces financiers lors de l’édition CES 2018 ? C’est la limite de l’exercice.
Encore faut-il que nos start-ups soient convaincues que des partenaires financiers français, sinon européens, sont aussi bien placés que les Américains pour soutenir leur croissance. Et surtout qu’elles aient toutes les clés entre les mains pour les convaincre.
Lors du Fund Me Day mi-novembre, le sujet du financement de la croissance a largement été abordé. Les représentants de fonds comme Axeleo, Kima, Serena Capital, ont répondu à l’appel et se sont déplacés pour convaincre les start-ups qu’ils pouvaient se projeter avec elles dans le futur.
Quelques bonnes pratiques pour convaincre
Charge ensuite au startupper de comprendre ce qui retient leur intérêt. Recevant en moyenne 200 dossiers chaque année, un investisseur cherche avant à être efficace dans ses choix de prises de participation. Parmi les enseignements des échanges qui ont lieu à la Station F, sont à retenir :
- Avant de contacter, le startupper doit absolument vérifier que le domaine sur lequel est positionnée sa start-up rentre bien dans son périmètre et ses centres d’intérêt.
- Prendre l’avis d’autres entrepreneurs et ne pas aller rencontrer les investisseurs seul s’avère aussi très riche. S’appuyer sur des gens qui l’ont déjà fait est dans tous les cas une démarche gagnante, comme un chirurgien apprend son métier avec ses pairs.
- L’équipe de management qui présente le pitch deck compte énormément dans la prise de décision d’investir. Seront étudiés le parcours et la personnalité de chacun ainsi que la complémentarité des profils.
- Le pitch deck doit aussi présenter de façon solide deux points :
- Au-delà de l’innovation proprement dite, son fondateur doit exprimer, clairement et avec ambition, la vision qui va porter son développement économique de la start-up et les marchés qu’elle va conquérir.
- Surtout, il doit rassurer en démontrant que sa start-up a la capacité opérationnelle de donner corps à la vision. Derrière, il y a la question cruciale du business model – c’est-à-dire de savoir ce qui sera vendu, comment et à qui – et de la gestion du « passage à l’échelle », la phase d’industrialisation. Faire rêver sans avoir la capacité à exécuter est une erreur des plus fréquentes.
- A ce sujet, je partage l’analyse faite par Bertrand Diard, Président de Tech In France, quand il dit que « la bonne idée c’est 5% de la réussite, les talents 50% et l’exécution 45% ».
- Enfin, le startupper devra montrer son engagement à entretenir la relation avec ses partenaires investisseurs au-delà de la pure opération financière.
- Cela consistera à les tenir au courant des développements de l’entreprise, les informer sur la façon dont les fonds sont utilisés et les résultats obtenus, échanger sur les opportunités ou contacts qu’il cherche à développer. Par exemple, il pourra compléter son équipe avec des profils opérationnels (et non des managers) et enrichir le produit dans une perspective d’industrialisation.
- Surtout, il devra anticiper en les alertant sur d’éventuelles mauvaises nouvelles (un contrat qui n’a pas été signé ou est reporté par exemple) et présenter rapidement un plan d’action pour redresser la situation en fixant une échéance.
Entrepreneur est un métier
Dernier point – et non des moindre : les startuppers qui partent à las Vegas ne doivent jamais oublier qu’être entrepreneur est un métier qui s’acquiert sur le terrain, s’expérimente et s’enrichit au contact de ses pairs. Leur vocation première reste de piloter et de développer une entreprise, pas de lever des fonds. Pourtant, beaucoup auront à gérer aussi ces phases de développement, a fortiori dans les start-ups. Il faudra donc qu’ils s’appuient sur leur capacité à prendre et à assumer des risques pour aller à la rencontre des financiers. S’entourer afin d’apprendre plus vite et mieux le langage et les repères des financiers sera également déterminant pour convaincre les investisseurs français et disposer des moyens nécessaires pour booster leur projet d’entreprise.
Ainsi armés, ils pourront lever des fonds en France et partir à la conquête du marché américain avec leur offre.