« Être épaulé par un autre entrepreneur expérimenté m’aurait permis une plus grande efficacité pour mon projet »

par Philippe Gouspillou, I&S Adviser

 

Créer une entreprise n’est pas toujours une vocation. On peut tomber dedans par hasard ou opportunité comme si on avait vu de la lumière et qu’on était entré. Mais cela n’en demeure pas moins une aventure exceptionnelle à laquelle on peut même prendre goût et se révéler de réelles aptitudes … à condition toutefois pour réussir d’accepter de se faire (parfois) aider.

Du manager à l’entrepreneur

Avant la création de ma première entreprise, j’avais un poste intéressant où j’animais une quinzaine d’ingénieurs pour développer des produits de réseau au top de la technologie. J’ai eu l’idée d’un nouveau produit basé sur une technologie américaine toute nouvelle et pensais que le PDG de ma société créerait un labo et développerait en interne. Ce que je ne savais pas, c’est que le groupe dont on dépendait était en cours de reprise par un géant américain et que notre société serait revendue par morceaux.

Quelle n’a pas été ma surprise quand le PDG de mon entreprise, les PDG et DG du groupe m’ont dit que mon nouveau projet était très intéressant mais qu’il fallait que je créée ma propre boîte pour le développer. Ils m’ont proposé de mettre un ticket à la création et de me transférer des marchés d’étude pour me financer.

Le grand saut dans le vide

C’était comme si j’étais monté en haut d’un plongeoir pour voir l’horizon et qu’ils m’avaient poussé dans le vide. Moi qui, depuis la fin de mes études supérieures, avais franchi avec succès les étapes d’ingénieur à directeur technique, très bon technicien et manager de mon équipe, je me retrouvais devant un vide presque existentiel de savoir pourquoi et comment. Le même vide, qui fait que lorsqu’on sort de l’école et qu’on démarre son premier job, on a l’impression de tout savoir sur la théorie mais rien sur la pratique… Comme si on avait appris sur le papier comment faire les mouvements de la brasse mais qu’on n’ait jamais mis les pieds dans l’eau.

Il m’a d’abord fallu mettre en place une équipe de confiance, dont plusieurs membres m’ont suivi depuis la société qu’on quittait, faite au départ que d’ingénieurs mais heureusement également épaulé par un ami commercial dans le domaine cible qui nous a aidé à définir le bon produit qui toucherait son marché, le prix etc. et nous l’avons créé de toutes pièces. Peu à peu, l’équipe a grandi en ajoutant les collaborateurs nécessaires pour marketer, vendre, trouver les finances, gérer, etc.

Pas facile quand on est pionnier sur un marché inexistant mais que le besoin existe… Mais nous l’avons réussi. C’est grâce à une bonne équipe, des collaborateurs compétents et surtout mon désir d’apprendre de mes équipes : cela m’a permis de rester à la tête et développer cette entreprise jusqu’à ce qu’elle soit rachetée et que je quitte l’aventure.

L’entrepreneuriat, ça vous gagne

Un peu plus tard, gagné par le virus de l’entrepreneuriat, autre idée, autres partenaires, autre domaine, autre écosystème … et l’envie de développer une nouvelle société, non plus cette fois par hasard mais par choix délibéré, en me disant… « maintenant je sais ce que c’est et je vais faire les choses dans le bon ordre ».

Ce que j’ai omis toutefois, c’est que, même si j’avais appris les bases et pouvais m’appuyer sur une première expérience assez réussie, tout était différent et je devais réapprendre de nouvelles choses et remettre même en question certains acquis que je croyais transposables d’un secteur d’activité à un autre. Seul le maître mot restait inchangé : l’innovation.

Conséquence : remise en question complète, nouvelle équipe, nouvelles périodes à inventer, des choix à faire, sans filet ! Heureusement, j’avais déjà les notions fondamentales de la gestion et du développement d’entreprise : être tourné et répondre aux besoins et à la satisfaction du client. Je savais aussi prendre du recul sur les sujets financiers et comptables, ce que m’avait appris le DAF de ma première entreprise.

Jamais une aventure de tout repos

Il n’empêche, grosses bouffées de chaleur, stress et à nouveau une impression de devoir réinventer et de porter seul la réussite, bien qu’entouré de collaborateurs compétents.

Très vite, j’ai été à nouveau pris dans le mouvement, porté par le temps, avec le nez dans le guidon et les yeux rivés sur le compteur que je croyais être le bon. Les coachs ou autres mentors que je croisais ponctuellement et qui me donnaient des « conseils » certes intéressants mais souvent lointains de la réalité de mes préoccupations, étaient plus des miroirs reflétant mes propres idées sans forcément m’ouvrir à d’autres façons de voir et de décider. Qui plus est, comme tout conseil, on l’entend au moment de la conversation et on en est persuadé, mais ensuite, quand il faut le mettre en pratique seul, on a l’impression d’être revenu en arrière.

Au bout du compte j’ai dû assumer seul avec mon équipe mes choix, avec les sueurs froides que créent la peur de se tromper.

Les enseignements d’un parcours personnel

Et puis, l’entreprise, certes, c’est de la technique, mais c’est aussi un parcours personnel fait d’embûches et de contrevenues. J’y ai finalement laissé une bonne partie de ma vie personnelle, ne sachant pas harmoniser celle-ci avec ma vie professionnelle, ne sachant pas relâcher à certains moments, notamment pour protéger ma santé.

Avec le temps, je pense que mon réel besoin était d’avoir un second, un copilote. Non pas un associé car lui aussi aurait vite eu le nez dans le guidon du fait de son implication personnelle, mais quelqu’un qui puisse prendre le manche et me laisser la liberté de regarder la carte et de réajuster le chemin. Quelqu’un qui puisse me montrer en pratique ce qu’il voit lui-même sur la carte à une échelle différente, avec des chemins que j’aurais ignorés. Quelqu’un aussi qui reste avec moi quand j’essaie de faire un looping en me disant que c’est un peu risqué mais qu’on va y arriver, ou qui me dise au contraire « Attention, tu n’as pas les bons paramètres de vol et tu prends le risque de te crasher… ».

Quelqu’un enfin qui a cette expérience personnelle de ce que vit un entrepreneur et m’aide aussi à trouver un juste positionnement dans ma vie, car à quoi peut servir une réussite professionnelle si on y a sacrifié ses proches et ceux qu’on aime.

Bref, quelqu’un qui m’accompagne pendant des phases délicates jusqu’à atteindre les objectifs qu’on aurait partagés.